Chronique de films #1 | Des larmes et de la passion

Une de mes résolutions de 2017 était de me confronter davantage à la culture actuelle, et donc de voir plus de films, plus souvent. Je vous présente aujourd’hui 5 films que j’ai vus au cinéma en début d’année.

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Quelques minutes après minuit

Film anglophone, de Juan Antonio Bayona • Fantastique, drame • 1h49 • Sorti le 4 janv 2017

Je suis allée voir ce film sans savoir de quoi il parlait : je n’avais ni lu le livre dont il est tiré, ni lu de synopsis – l’esthétique seule des images de synthèse m’avait attirée. Je m’attendais à une histoire purement fantastique, et j’ai été très (tristement) surprise de voir où le réalisateur voulait finalement nous mener. C’est pour cela que je n’ai pas réellement envie de vous faire de résumé de l’histoire. Je pense que l’effet est d’autant plus saisissant quand on ne s’y attend pas vraiment.

Vous êtes prévenus, j’ai pleuré comme une madeleine : c’est un film dur et magnifique à la fois. Aussi bien au niveau du visuel que des messages qu’il porte. Les transitions soignées et les graphismes des contes de l’if s’accompagnent d’un parcours initiatique prenant, et truffé de leçons intelligentes et bien vraies.

« Stories are wild creatures, Conor O’Malley. » – L’if

C’est aussi la première fois qu’une adaptation de livre me fait regretter de ne pas avoir d’abord lu le roman. D’habitude, je ne lis jamais le livre après avoir vu le film, mais il se pourrait que je fasse une exception pour celui-ci..

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Paterson

Film anglophone, de Jim Jarmusch • Drame, comédie • 1h58 • Sorti le 21 déc 2016

Je ne pourrai pas non plus faire de véritable résumé pour ce film, tout simplement parce qu’il n’y a rien à dire (tout ce qu’il y a à voir en deux heures est intégralement réuni dans le trailer). Un homme, nommé Paterson et habitant dans la ville de Paterson, écrit des poèmes – et on le suit chaque jour de la semaine, du lundi au dimanche. Voilà, c’est tout.

J’avais entendu beaucoup de bien de ce film, des critiques tellement élogieuses… Mais quelle déception !! Je le pensais très poétique, mais pas aussi contemplatif. Il ne se passe rien qui ait réellement de conséquences, aucun enjeu.

Sur un plan plus artistique, je dois admettre qu’il y a une vraie patte musicale mais je n’ai pas du tout accroché aux poèmes de Paterson. Je trouve qu’ils ont un quelque chose, mais. Et c’est ici le « mais » qui pèche, tout comme la diction d’Adam Driver qui incarne le chauffeur de bus – loin d’inviter au rêve, elle rappelle une voix de synthèse Google. Ça correspond bien au caractère plat du personnage. Sa compagne, Laura, est plus vivante, ambitieuse et intéressante ; et même son chien a plus de personnalité que lui… #facepalm

Bref, à part si vous adorez le contemplatif et les boucles temporelles sans fin, je vous le déconseille très fortement.

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Un Sac de Billes

Film francophone, de Christian Duguay • Drame • 1h53 • Sorti le 18 janv 2017

Adapté de l’autobiographie éponyme de Joseph Joffo, ce film raconte le parcours de deux garçons juifs qui, lors de la Seconde Guerre Mondiale, sont envoyés en zone libre par leurs parents depuis Paris. C’est le voyage d’enfants livrés à eux-mêmes, en quête de liberté et de sécurité, et d’une famille enfin réunie sur la côte d’Azur.

Le film porte des valeurs familiales fortes et reste très humain – en particulier dans ce climat ambiant de danger – malgré un fond assez peu original pour cette période historique de la France occupée – et oui, j’ai encore pleuré..

Ce très beau projet m’a tout de même réservé d’agréables petites surprises : le très bon jeu des acteurs, et notamment celui des enfants, mais aussi l’apparition de Kev Adams qui a été très appréciable car complètement différente de ce à quoi il nous a habitué•es. Et j’ai aussi pu avoir un aperçu du Nice des années 1940, celui dans lequel ma grand-mère a grandi.. – l’ambiance chaleureuse des rues, et le marché dont elle m’a tant parlé.

Des films sur l’Occupation, il y en a eu et il y en aura encore. Mais je vous recommande tout de même Un Sac de Billes – le point de vue des enfants reste rafraîchissant lorsque l’on traite ce type de sujet.

« Il vaut mieux prendre une claque qui fait mal plutôt que de perdre la vie parce qu’on a peur d’en prendre une. » – Roman Joffo

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Fleur de Tonnerre

Film francophone, de Stéphanie Pillonca-Kervern • Drame • 1h40 • Sorti le 18 janv 2017

TW scène de viol (la scène est plutôt courte, mais je préfère prévenir celles•eux qui y seraient sensibles)

Encore une fois adapté d’un livre, ce film est également inspiré de faits historiques. En effet, il raconte l’histoire d’Hélène Jégado, empoisonneuse bretonne de la 1ère moitié du 19ème siècle. C’est un personnage tout à fait fascinant, et lui-même fasciné par la figure de l’Ankou, le serviteur de la mort – et l’on suit Hélène depuis son enfance jusqu’à son exécution. Ce projet cinématographique se construit sur la volonté d’une réalisatrice de comprendre le parcours de celle que l’Histoire retient comme étant la plus grande tueuse en série de France, et à laquelle on attribue une soixantaine de meurtres.

Énorme coup de cœur !! Pour la Bretagne du 19ème siècle et son monde de superstitions, pour le caractère et la psychologie d’Hélène, pour le jeu de l’actrice qui l’incarne, Déborah François, qui est une belle découverte.

Autre belle découverte : la réalisatrice, Stéphanie Pillonca-Kervern, dont c’est le tout premier long-métrage. Un femme qui s’intéresse à une autre, à une survivante : Hélène avait le potentiel pour devenir un personnage véritablement badass, mais elle a basculé dans une spirale négative et n’a pas transcendé sa rage dans quelque chose de positif et de productif. Elle s’est coulée dans le rôle mortifère de l’Ankou.

C’est en particulier perceptible dans les quelques scènes qui relèvent clairement du genre horrifique. Mais elles sont rares. Une grande partie des plans se situent en intérieur, et ils sont vraiment très beaux – je trouve qu’ils rappellent les scènes de genre hollandaises du 17ème siècle (genre Vermeer, vous voyez ?).

Je pense que ce n’est pas le genre de film qui plaît à tout le monde. J’aurais donc du mal à vous le conseiller sans condition. Mais je l’ai vraiment trouvé magnifique !! Seul petit bémol : le jeu de Benjamin Biolay que je n’ai pas vraiment apprécié.

« Devenir l’Ankou, c’était devenir plus forte. » – Hélène Jégado

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Compte tes blessures

Film francophone, de Morgan Simon • Drame • 1h20 • Sorti le 25 janv 2017

Je ne saurais trop comment vous parler de ce dernier film qui est, encore une fois, la première expérience de long-métrage de son réalisateur. Il commence avec l’arrivée d’une nouvelle femme dans la vie du père de Vincent, jeune homme de 24 ans, alors même que leur relation père/fils est minée de non-dits, de tensions et de reproches. Compte tes blessures, c’est le deuil de la mère. C’est la recherche de la reconnaissance et de l’amour paternel, mais c’est aussi la fameuse nécessité de « tuer le père » pour prendre sa place.

J’ai trouvé le personnage de Vincent beaucoup plus attachant que je ne l’aurais cru. Il est bien plus intelligent qu’il n’y paraît, et constamment dévalorisé par son père. Ce n’est pas seulement un conflit relationnel, c’est aussi générationnel sur certains points. Je pense notamment aux amis de Vincent qui, même s’ils se chambrent entre eux, restent bienveillants, s’écoutent et se soutiennent véritablement, tandis que le père de Vincent a un côté « vieux con » assez marqué. À vrai dire, il y a aussi un certain naturel, voire une naïveté, une innocence dans le jeu des acteurs, quelque chose de très transparent dans les ambiances et la mise en scène. Cela prend au tripes, et ne peut laisser le spectateur indifférent – surtout s’il est jeune.

Le film est intense et m’a finalement semblé assez court. La scène du dénouement final est d’ailleurs une sorte de développement symbolique – parce qu’en elle-même, elle est complètement invraisemblable – et le clap de fin tombe plutôt rapidement.

J’hésite à vous conseiller ce film si vous cherchez seulement vous divertir. Mais il est très intéressant et développe une véritable réflexion sur les relations humaines.

« Count your blessings »

Et vous ? Avez-vous déjà vu un de ces films ? Ou alors est-ce que l’un d’eux vous tente ? 🙂

June.W

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(Je ne possède aucune des affiches ici publiées)

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