Je quitte la résidence dans laquelle je vis depuis plus de cinq ans et demi. J’y ai vécu beaucoup de choses, j’y ai ramené beaucoup de lourdeur émotionnelle en rentrant me réfugier dans mon cocon le soir. J’y ai étudié, j’y ai rêvé, j’y ai vécu l’enfer. Et aujourd’hui, je quitte ce bâtiment qui m’a vue grandir, vieillir, mourir et survivre.

Il avait plein d’avantages, un certain confort – et pourtant, le départ est inévitable. Même si j’ai l’amère impression de ne pas en avoir suffisamment profité, mon ancien logement n’est désormais plus adapté à mon mode de vie. Ni à un niveau pratique, ni à un niveau émotionnel.

Beaucoup de mauvais souvenirs, beaucoup d’angoisses, mais aussi une bonne dose de nostalgie et de regrets. Regrets de partir, peur d’avancer.  Je ne sais pas qui je suis hors de ces murs, je ne sais pas qui je peux être après sa condamnation. J’ai trop longtemps vécu à travers cette unique perspective. Mais c’est quoi l’après ? C’est quoi la vie sans avis de passage, sans l’attente perpétuelle des assises ?

Oui, j’ai des projets. J’y tiens, certes – intellectuellement, éthiquement, mais pas émotionnellement – et ils ont éclos dans cette résidence, dans ces deux petits appartements qui m’ont abritée toutes ces années, l’un après l’autre. Mais j’ai récemment pris conscience que ce que j’ai subi m’a atteinte à un niveau très inattendu pour moi : je n’ai plus les mêmes aspirations. L’oblitération de mes loisirs, de mes goûts, de l’envie en général, était plus qu’évidente – mais mes profondes orientations de vie, ça, c’est bien plus dur. Ça, ça me met furieusement en colère, ça me dégoute, ça me fait mal pour elle. Pour celle que j’ai eu été, avant.

Et aujourd’hui, j’ai besoin d’un changement que je déteste ; c’est quelque chose qui me répugne, m’angoisse et m’attriste profondément. J’ai beau être heureuse de m’installer dans un appartement neuf, bien isolé, bien équipé, à meubler moi-même selon mes propres goûts et besoins ; je déteste l’idée de partir. C’est comme abandonner quelque chose derrière moi, abandonner les cocons que j’aimais tant. La mezzanine, le Velux, les rayons orangés des golden hours d’été, la vue sur les toits de la ville et la cathédrale de Fourvière illuminée le soir, toutes ces petites choses qui m’ont séduite à mon arrivée.

J’ai encore les clés de cet appartement qui se vide petit à petit ; je vais encore un peu en profiter, y retourner quelques fois avant de le rendre définitivement. Un chapitre de ma vie touche bientôt à sa fin, cela me rend triste mais je vais faire de mon mieux pour reconstruire un nouveau cocon ailleurs. Et peut-être, même, un cocon encore meilleur.

Et vous, les déménagements : corvée, traumatisme, nouvelle aventure ?

Photos.

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