Alors que la rentrée est définitivement passée, que nous glissons doucement vers l’automne, j’ai aujourd’hui envie de vous parler de souvenirs estivaux qui réchauffent un peu et d’un lieu patrimonial que j’ai beaucoup aimé découvrir. En juillet, mon ex est venu me rendre visite à Lyon depuis Bordeaux. J’ai eu envie de l’emmener visiter le Musée des Confluences – dont je n’avais pas encore vu les collections permanentes –, et de retourner bruncher chez Kaova Café, qui fait partie de mes salons de café/thé préférés à Lyon et dont je vous reparlerai sûrement dans un prochain article.

Mais surtout, j’avais envie de découvrir le Monastère Royal de Brou, déclaré « Monument National » dès 1791, puis classé et inscrit aux « Monuments Historiques » bien plus tard. J’étais effectivement tombée sur l’affiche promotionnelle de l’exposition temporaire sur les Primitifs Flamands que les lieux accueillaient jusqu’au 26 août dernier, et qui m’avait clairement mis l’eau à la bouche.

Étant donné qu’une seule journée d’excursion était largement suffisante, nous sommes partis en fin de matinée (lire : bien trop tard à mon goût), et après une peu plus d’une heure d’autoroute, nous sommes finalement arrivés à Bourg-en-Bresse, une des anciennes capitales du duché de Savoie, au lieu de Brou.

Les petits trucs pratiques dès que l’on arrive :

  • Le monastère est très facile à trouver – et pour cause ! les tuiles vernissées de l’église abbatiale se voient de loin 😉
  • Juste accolé au site, le parking est gratuit.
  • De nombreux lieux de restauration se trouvent à proximité du monument.

Restauration

Nous avons décidé de manger au premier restaurant que nous avons trouvé, c’est-à-dire au Bar de l’Abbaye, situé quasiment en face de l’entrée du site médiéval. La carte est essentiellement composée de plats carnés, mais il y a moyen de rendre certaines assiettes tout du moins végétariennes – cela me semble plus compliqué pour les personnes végétalien.ne.s. Étant plus souple sur les produits animaux – principalement fromage & œuf pour ma part – lorsque je mange à l’extérieur de chez moi, j’ai choisi une tartiflette savoyarde sans lardon (bien copieuse), suivie d’une salade de fruits frais.

Après avoir profité de la grande terrasse ombragée située à l’arrière de l’établissement, nous sommes donc partis découvrir le Monastère Royal.

Histoire & architecture : qu’est-ce que le Monastère Royal de Brou ?

J’ai l’impression que le lieu est moins connu par rapport à d’autres Monuments Nationaux comme le Panthéon, le site mégalithique de Carnac ou encore l’Abbaye du Mont-Saint-Michel. Alors je pensais vous faire un petit topo sur l’histoire du lieu.

Le Monastère Royal de Brou est le fruit de la très belle histoire d’amour qui naît entre Marguerite d’Autriche, fille de l’empereur Maximilien Ier de Habsbourg et de Marie de Bourgogne, et Philibert II dit le Beau, duc de Savoie, son troisième et dernier époux. Tous deux nés en 1480, mariés en 1501, ils se trouvent séparés par la mort dès 1504, lorsque Philibert s’éteint à la suite d’une partie de chasse. Marguerite en porte le deuil jusqu’à la fin de sa vie, et ne se remarie jamais. Elle fait construire en son honneur, le Monastère Royal, édifié sous la direction de l’architecte bruxellois Loys van Boghem.

L’archiduchesse choisit le lieu d’un prieuré alors en mauvais état, Saint-Pierre de Brou, que Marguerite de Bourbon, la mère de son époux Philibert, avait souhaité reconstruire sans en avoir eu le temps – d’une part pour réaliser ce vœu laissé en suspens, et d’autre part pour que les douze moines Augustins habitant sur place prient pour la réunion des deux époux après leur mort. Raison pour laquelle on retrouve des dizaines de fois, dans l’église funéraire, les lettres « P » & « M »  entrelacées à tout jamais dans la pierre.

Oui, j’écris bien « église funéraire », car le chœur a également pour but d’abriter trois tombeaux royaux : en son centre, celui de Philibert le Beau, au sud, celui de sa mère Marguerite de Bourbon, et au nord, celui de son épouse, Marguerite d’Autriche. Sur le tombeau de cette dernière, est gravé notamment sa devise :

FORTUNE INFORTUNE FORT UNE.

La fortune de la joie de l’amour découvert auprès de Philibert ; l’infortune des drames de sa vie : ses deux premiers mariages malheureux (répudiée par le roi Charles VIII, veuve de Jean d’Aragon), et la mort prématurée de sa seule fille, Marguerite, qui ne vit que quelques jours en 1504.

Chose remarquable et unique en France, le complexe religieux est complété par trois cloîtres :

  • le 1er où étaient prévus les appartements de Marguerite d’Autriche. En effet, son projet initial est de finir ses jours à Brou, mais elle décède en 1530, avant la fin des travaux, et ne verra jamais le monastère achevé.
  • le 2nd, le plus grand, accueille le moines : réfectoire au rez-de-chaussée, et cellules à l’étage
  • le 3ème est décidé en cours de travaux. Architecturalement différent de deux autres, il est de style local, bressan.

Marguerite dispose de fonds importants et n’a donc aucunement besoin de rechercher régulièrement des financements supplémentaires – ce qui entrave habituellement l’avancement de tels chantiers. La construction est donc très rapide pour ce type de projet architectural – seulement une trentaine d’années, de 1506 à 1532. On retrouve ainsi, dans l’église funéraire, un seul style architectural : le gothique flamboyant. Sont réunis sur le site des artisans locaux mais aussi des artistes flamands qui y sculptent de nombreux choux de Bruxelles ou encore des figures dansantes typiques du maniérisme flamand de l’époque. Ces infiltrations stylistiques ne se limitent pas au nord de l’Europe ; en témoignent les putti sculptés, caractéristiques de la Renaissance italienne.

Il est bien facile de passer des heures et des heures à parcourir chaque détail de cette dentelle de pierre, une roche restée aussi blanche au fil des siècles qu’elle l’était au moment de sa taille. Et les raisons de la bonne conservation de l’ouvrage sont très simples. D’une part, l’absence de laïcs en ces lieux a évité l’expiration répétée de CO2 dans la nef qui aurait pu noircir la pierre ; et d’autre part, l’église est devenue un lieu de stockage de foin avant la Révolution française, permettant ainsi aux ornements princiers d’y survivre.

Autre élément remarquablement conservé : le jubé.

Lors de la Contre-Réforme, il a été reproché à ce type d’aménagement de créer une séparation trop forte entre nef et chœur, et la plupart des exemplaires français ont ainsi été détruits afin de rapprocher les laïcs des clercs. Or, à Brou, il n’y a aucune raison de le détruire puisque, comme je viens de vous le dire, il n’y a pas de laïcs dans la nef. De plus, ce jubé-ci remplit une seconde fonction très utile : celle de galerie de circulation entre les appartements (jamais occupés) de Marguerite d’Autriche et sa chapelle privée, situés respectivement au sud et au nord de l’église.

Dernier élément à souligner : la forte présence féminine dans l’iconographie de la statuaire et des vitraux de l’église funéraire – et notamment sur la verrière centrale du chœur réalisée d’après des gravures de Dürer. Évidemment, ce choix s’explique par le fait que la commanditaire des lieux est une femme. Ainsi, aux côtés de saint André (patron de la région) et de saint Nicolas de Tolentin (à qui l’église est dédiée), nous retrouvons : Suzanne, sainte Catherine, la Sainte Vierge, sainte Marie-Madeleine, les douze Sibylles, ou encore sainte Marguerite d’Antioche (patronne des deux Marguerite inhumées sur le site). Une certaine « Cléopatra » a même été représentée sur un des pavements du sol du chœur.

Pour plus d’informations sur le site et son histoire, je vous conseille d’aller faire un petit tour par ici, c’est très complet.

Visite

Passons maintenant à des choses un peu plus pratico-pratiques, à commencer par la question du tarif d’entrée. Étant donné que le site est géré par le Centre des Monuments Nationaux, l’entrée est gratuite pour les personnes de moins de 26 ans, ressortissantes de l’Union européenne, le plein tarif s’élevant à 9€. Vous pouvez également vous procurer un audioguide (disponible en 5 langues différentes) pour 3€ supplémentaires.

La visite commence dans le 1er cloître, qui est notamment le lieu de départ de la visite guidée de l’église, comprise dans le prix de votre billet d’entrée – débutant à horaire fixe, celle-ci dure environ 1 heure et n’est pas obligatoire, bien entendu. Personnellement, j’ai trouvé la médiation fluide et les explications très intéressantes – nous avons eu la chance de tomber sur une jeune femme dont l’expression orale est irréprochable.

Nous avons commencé par la nef de l’église funéraire, assez dépouillée et claire, et avons poursuivi notre découverte des lieux par le chœur comprenant les stalles des moines, et les trois tombeaux royaux dont les détails sculptés méritent bien un coup d’œil attentif. Puis la présentation continue dans la partie nord de l’édifice, jusqu’à l’oratoire privé de Marguerite d’Autriche qui lui aurait permis de suivre les offices des moines sans les déranger, si elle n’était pas morte avant la fin de la construction du complexe religieux.

Une fois la visite guidée terminée, nous avons emprunté le jubé / galerie jusqu’à l’étage du 1er cloître où se trouvent les appartements de Marguerite, nouvellement ouverts au public (depuis le mois de juin très exactement). Cet espace muséal est très agréable, et la visite est rendue particulièrement vivante par l’hologramme d’une comédienne qui, incarnant Marguerite d’Autriche, vous conte l’histoire de sa vie. Et les explications sont d’autant plus claires qu’un arbre généalogique donne à voir les liens de parenté des familles nobles de l’Europe d’alors, replaçant Marguerite d’Autriche au centre de la politique européenne de l’époque – je rappelle au passage que Marguerite est, entre autres choses, connue pour avoir été régente des Pays-Bas de 1507 à 1530.

Présentant l’avancement de la restauration des lieux via de multiples photographies, une petite salle mène au Musée municipal de Bourg-en-Bresse. Quelques pièces de mobilier moderne sont exposées à l’étage, mais il regroupe essentiellement des peintures modernes et contemporaines, voire très contemporaines. Je dois avouer que peu d’entre elles m’ont marquée – ce ne sont pas mes styles artistiques de prédilection –, bien que j’aie particulièrement apprécié quelques meubles sculptés ainsi que la (très) grande toile représentant Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l’Enfer, par Gustave Doré (1861). Cependant, le choix muséographique d’installer les œuvres dans les anciennes cellules des moines, me semble assez peu commode. Probablement agréable lorsque l’on a le temps de déambuler dans les pièces, mais peu pratique lorsque l’on tient vraiment à ne rater aucun tableau – il vous faudra faire pas mal de petits allers-retours.

À ce moment-là de notre visite, nous marchions déjà au pas de course afin d’être certains de pouvoir voir l’exposition temporaire. Même si le guide-papier indique une visite d’environ 1h30, je vous conseille très fortement de vous rendre au monastère assez tôt, car il y a vraiment beaucoup de choses très différentes à voir.

Nous sommes rapidement passés par les appartements du prieur pour déboucher dans le 3ème cloître. Au rez-de-chaussée, une salle est dédiée aux outils et techniques de restauration dans divers domaines (taille de pierre, vitrail, etc.). La volonté didactique de cet espace est très marquée, et la médiation est particulièrement orientée vers les enfants : objets à toucher, puzzle de vitrail à reconstituer, etc.

Un (trop) rapide tour dans l’ancien réfectoire, qui abrite désormais la collection de sculptures médiévales du Musée municipal, et nous nous dirigions vers l’exposition temporaire : Les Primitifs Flamands. Trésors de Marguerite d’Autriche.

Exposition temporaire

Organisée sous le commissariat de Pierre-Gilles Girault et de Magali Briat-Philippe, elle cherchait à évoquer le rôle de mécène et de collectionneuse de Marguerite d’Autriche. Elle présentait ainsi des œuvres flamandes du XVème siècle, caractérisées par l’omniprésence de la peinture à l’huile et d’une représentation particulièrement minutieuse de la nature.

De manière assez attendue, elle regroupait donc principalement des peintures, dont une jolie série de portraits. La part belle était laissée aux nombreuses scènes religieuses, et notamment des multiples Vierge à l’Enfant ainsi que diverses saintes (Catherine, Barbe, Véronique, et j’en passe). Bref, beaucoup de figures féminines – tout comme pour l’église funéraire 😉

Je dois cependant avouer que j’ai trouvé l’exposition relativement courte et peu impressionnante, comparée à d’autres, similaires, qui ont déjà pu être organisées par de plus « grosses » institutions : François Ier et l’art des Pays-Bas au Louvre, Lyon Renaissance. Arts et humanisme au Musée des Beaux-Arts de Lyon, ou encore Les Tudors au Musée du Luxembourg. Mais attention, elle n’en restait pas moins intéressante, et plutôt remarquable vis-à-vis du lieu et du choix des œuvres. On y retrouvait des noms d’artistes bien connus mais elle avait aussi l’avantage de présenter pas mal d’inconnus au bataillon dont je n’oserais écorcher les noms ici.

Petite mention pour la fin de l’exposition où un écran tactile évoquait un pan très intéressant des collections de Marguerite : sa bibliophilie.

Accessibilité

J’ai trouvé qu’un vrai effort a été fait au sein du monastère pour le rendre plus accessible ; d’autant plus qu’il fait partie de ces anciens bâtiments pas du tout pensés ni construits pour être accessibles à tou.te.s. En plus des audioguides que j’ai déjà évoqués, j’ai noté deux autres points importants :

  • un ascenseur pour les PMR (Personnes à Mobilité Réduite) – de tête, il me semble qu’il permet d’accéder à l’intégralité des espaces de visite.
  • au moins deux écrans avec explications en LSF (Langue des Signes Française)

Par contre, je ne me souviens pas avoir vu de panneaux ou de cartels traduits en braille – peut-être que certains guides de visite imprimés le sont, mais je dois dire que, n’étant pas moi-même concernée, je n’en ai pas demandé. Dans tous les cas, aucune des représentations visuelles n’est reproduite en relief sur des panneaux à toucher – chose que l’on retrouve d’ailleurs dans plusieurs musées depuis quelques temps.

Boutique

Enfin. Avant de quitter les lieux, nous avons, bien évidemment, fait un petit tour par la boutique du monastère – il faut savoir que pour moi, c’est toujours la cerise sur le gâteau, mon petit péché mignon qui me console de voir se terminer les visites culturelles. Et cette fois-ci, je n’ai pas été déçue.

La boutique est très bien fournie ; on y trouve de tout : livres (histoire, romans, phytothérapie, cuisine, livres pour enfants, etc.), cosmétiques, petits pots de confitures, bijoux, objets textiles (coussins, sacs à mains, etc.), bref. Un très grand choix, et cela fait vraiment plaisir. Toute raisonnable que je suis, j’ai longtemps hésité devant le choix livresque, puis j’ai fini par y renoncer et par m’offrir un savon aux huiles essentielles à la place.

Nous sommes repartis sous une pluie battante, mais heureux de notre visite.

Le petit mot de la fin

L’année 2018 est celle du désencrassement pour les tombeaux princiers. En effet, le tombeau de Marguerite a déjà été nettoyé il y a quelques mois, retrouvant ainsi sa couleur blanche originelle ; ceux de Philibert le Beau et de Marguerite de Bourbon devraient également être restaurés cet automne.

Le coût des travaux étant estimé à 150 000€, une campagne a été ouverte afin de récolter 15 000€ de don. Si vous souhaitez soutenir financièrement les travaux et devenir, vous aussi, de véritables mécènes à votre échelle, vous pouvez passer par ici, pour poser Votre Pierre à l’Édifice 😉

J’espère que cet article vous a plu, vous aura donné envie de découvrir ce beau monument si vous ne le connaissiez pas déjà.

J’aimerais également en profiter pour vous demander ce que vous pensez de ce type d’article. Trop long, trop détaillé ou pas assez ? J’ai honnêtement l’impression de vous avoir bourré.e.s d’informations, mais aussi d’avoir oublié des détails hyper intéressants sur l’histoire du lieu ^^’

NB : Toutes les photos m’appartiennent et je n’en autorise aucune utilisation par autrui.

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