Silence radio.

Pas de nouvelles. Depuis longtemps. Enfin, depuis un mois et demi. Mais j’ai l’impression que ça fait des années.

Je l’ai lu le 21 septembre, ce dernier courrier. C’était le « réquisitoire définitif de renvoi devant la cour d’assises ». Un nom long, pompeux, qui marque la fin de l’instruction et de l’arrivée régulière de recommandés dans ma boîte aux lettres – et aussi de cette paranoïa de la dite boîte aux lettres que je vérifiais au moins 3 fois par jour, même la nuit. En gros, le dossier est plein, bouclé et maintenant, on attend les assises. Début 2017, normalement. Soit quelque chose comme un an et demi à attendre encore. Et je craque au bout d’un mois et demi de silence. Seulement.

J’ai déjà entendu des gens – ou peut-être était-ce ma grand-mère ? – dire « pas de nouvelles, bonne nouvelle ». Il n’y a rien de plus faux. Parce que je ne sais pas où il est, ni ce qu’il fait. La peur de le croiser s’était estompée, quand il a eu le droit de partir à l’étranger (espace Schengen) ; dans mon esprit, il était enfin loin, très loin de moi. Et là, le déclic : ce n’est pas parce qu’il en a le droit qu’il va le faire. Parce que de toute évidence, ce n’est pas parce qu’il n’a pas le droit qu’il ne le fait pas. Et puis, apparemment, il ne vivrait plus avec sa femme. Donc personne pour le surveiller un minimum – « un minimum » parce que bon, même lorsqu’elle était là, elle ne semblait pas faire réellement attention à ce qu’il pouvait faire, hein. Et c’est là que mon imagination, que ma raison avait vaguement réussi à dompter, craque. Il est seul ; et s’il recommençait avec une autre ? Avec plusieurs autres ?

Ça me terrifie.

Et j’ai peur pour elles. Pour toutes les filles qu’il peut croiser, tous les jours. Personne ne peut savoir ce qu’il se passe réellement dans sa tête, là, tout de suite, maintenant. Personne ne peut savoir si la procédure, ou même ce qu’il m’a fait – … c’est étrange comme formulation ; je dis toujours « ce qu’il a fait », c’est plus facile, voire plus naturel -, n’a pas déclenché un basculement dans son comportement déjà peu… normal, correct, sain et [insérer tout autre adjectif à connotation positive]. Sa femme le trouve changé ; et si le passage à l’acte l’avait rendu pire ?

J’en tremble. Je sais que m’inquiéter pour les autres me permet d’éviter de m’occuper de moi-même. Que l’ouverture même de ce blog est un élément d’occupation mentale parmi tant d’autres que je ne cesse de multiplier, une distraction, mais je veux que ce soit aussi une forme de thérapie. Parce que j’essaie vraiment de me réparer, de recoller tous les fragments et de remonter la ruine pierre après pierre. Le but de ce projet, c’est de me créer mon petit espace rien qu’à moi. De parler de ce dont j’ai envie, comme j’en ai envie. Mais pourtant, avec ce post – totalement imprévu, d’ailleurs -, je dois me forcer. Parce que ce n’est pas naturel pour moi d’exprimer toutes mes sinuosités mentales. Parce que ce n’est pas non plus un sujet dont je suis heureuse de parler. Je suis une thérapie sans évacuation verbale, ce qui m’aura sûrement sauvée. Mais je ressens tout de même un besoin d’exprimer. Même si c’est dur, je sais que le résultat sera positif. Évacuer. Cette nuit, à propos de cette attente qui le laisse en liberté, et qui se poursuit mais dont le silence ne fait que commencer.

Début 2017..

Photo.

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