5 ans après, que reste-t-il ?

Au moment où j’écris ces mots, nous sommes le 27 septembre 2022. Il y a cinq ans, jour pour jour, un homme a été condamné à cinq ans de prison pour m’avoir violée.

Je ne sais pas s’il est mort – il était déjà vieux, assez vieux pour être à la retraite. Je ne sais pas s’il est sorti plus tôt. S’il est sorti aujourd’hui même ou s’il sortira demain.

Je sais néanmoins que je suis actuellement dans un état d’agitation dans lequel je ne devrais pas me trouver. J’ai longtemps pensé que dès la date fatidique arrivée, je me remettrais à avoir peur de le croiser. Inopinément ou pas. Peur qu’il vienne frapper de lui-même à ma porte. À celle de ma mère, à celle de mes grands-parents. J’ai très longtemps appréhendé le retour de l’hypervigilance.

Pour l’instant, je n’en vois pas la moindre trace.

Je suis davantage dans l’attente d’une forme de libération. Demain ? Peut-être. Je me vis comme bientôt libérée d’une procédure pénale qui finalement, ne se termine jamais que lorsqu’il a purgé sa peine complète.

C’est désormais chose faite.

5 ans, ça passe si vite.

Terriblement vite. Parce que 5 ans, c’est si peu.

Surtout lorsqu’on se rappelle qu’à la base, il encourait jusqu’à 20 ans de prison – ça pique.

Aujourd’hui, tout ce que moi, je peux faire, de mon côté, c’est le bilan de ces dernières années. Alors : 5 ans après, que reste-t-il ?

Eh bien, pas grand-chose. Pas grand-chose de moi. De la personne que j’étais avant les faits. De la personne que j’aurais dû devenir sans ces viols et les conséquences de tels traumatismes.

J’ai très tôt eu à cœur d’aider autrui, de faire avancer la cause. Monter une association avec l’argent de cette victoire pénale, par exemple. Ou contacter l’association d’aide aux victimes qui m’a accompagnée lors du procès aux assises, pour pouvoir moi-même accompagner des victimes qui, à leur tour, en auraient besoin. Les aider avec ma propre expérience.

Mais avant cela, je dois être capable de moi-même survivre.

femme avec la main dans les cheveux au coucher du soleil

Je ne m’étalerai pas sur l’impact monumental que les faits ont eu sur ma vie personnelle et intime. Vous vous doutez bien que ça n’est pas joli. Ma santé mentale est, quant à elle, en miettes – et ma psyché semble l’être également. Mais n’ayant actuellement pas de diagnostic clair posé, je ne m’avancerai pas et vous renverrai simplement à cet article sur Alessandra – celleux qui savent sauront.

Par contre, un dommage collatéral imprévu s’est trouvé être l’impact sur ma vie professionnelle. La stagnation ne semble jamais finir – vous avez vous-mêmes pu le constater à travers les articles de ce blog ou encore sur mon compte Instagram. Parce que, non, après tout ce temps, je ne suis toujours pas diplômée. J’ai commencé la rédaction de mon mémoire en 2016, j’ai quintuplé mon M2, fait une année de pause entre temps, et je n’ai toujours pas achevé ce travail de recherche.

J’ai juste l’impression d’avoir perdu des années et des années de vie. Pour strictement rien.

Voilà ce que j’en retire aujourd’hui, de ces cinq années : j’ai une peur bleue de rater ma vie. J’ai déjà perdu énormément de temps. À essayer de me remettre, d’aller mieux, d’avancer, de construire. Je dois passer la quatrième, mais je reste tétanisée dans une voiture que je sais être un bolide. J’en suis capable, mais j’en suis également mortifiée. L’angoisse s’est étalée, diffusée à d’autres sphères de ma vie, et ça me bouffe, ça ronge, ça engloutit.

Aujourd’hui, j’ai encore peur.

Mais au moins, une page se tourne désormais – pour de vrai. Je me sens davantage légitime à exister, à être une personne à part entière, à profiter de ce que la vie a à offrir. C’est ce que je me répète pour prendre cette date d’anniversaire comme un tremplin pour avancer, enfin. J’ai envie d’y croire.

Rien que ces derniers jours, je sens une différence. J’ai plus d’énergie, plus d’envie, moins de honte.

Demain est le premier jour du reste de toute une vie.

femme en cardigan noir près d'arbres

Photo & Photo.

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